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Déco
16/06/2006
"Les designers se seraient-ils enfin aperçus que trop de design tue le beau ?"
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Tapissier, créateur d'ambiance, on ne sait plus comment définir Serge Olivares. Questions à cette personnalité passionnée de velours qui souhaite mettre un pied dans la mode. |
Quel est votre parcours ?
Serge Olivares Il est assez atypique. Après un bref passage publicitaire
dans la conception de packaging, je me suis entièrement consacré à
la décoration. J'ai fait quelques années dans de grandes enseignes, dont deux
ans chez Nobilis. En 2000, j'ai monté ma propre société. Je me suis positionné
comme décorateur d'intérieur et non comme tapissier villier car je ne souhaitais
pas être cloisonné dans un milieu. Je veux pouvoir voguer librement entre
le monde de la mode, du spectacle et de la déco. Professionnellement, les
choses se sont vite enchaînées : j'ai lancé en pièce unique les lampes à plumes,
aujourd'hui largement copiées et diffusées. En 2003 sortait ma collection
de chaises haute couture, baptisées "Les précieuses métamorphoses", en collaboration
avec le tapissier Charles Jouffre. A chaque fois, ce sont des pièces uniques
visibles dans ma boutique parisienne.
Votre boutique est aussi votre chez-vous. Pourquoi tenez-vous à vivre
dans un décor où tout est à vendre ?
L'entrée dans ma boutique "chez-moi" est, tout de même, sur
rendez-vous. Bien plus qu'un lieu de vie, c'est un atelier laboratoire où
tout est à vendre. Un espace en perpétuelle évolution au caractère intime
et théâtral. D'ailleurs, ce n'est pas un appartement mais plutôt l'antre d'un
saltimbanque, une scène de spectacle joyeuse et colorée, changeante au fil
des saisons. J'y teste toutes mes envies, mes folies les plus extravagantes.
Ce qui a l'avantage d'attirer la curiosité des célébrités.
En effet, vous travaillez avec de grands noms…
Ma clientèle compte de nombreuses personnalités : Jane Birkin à qui j'ai dédié
une chaise, Chantal Thomass dont le magnifique divan trônant dans sa boutique
a été créé par mes soins. En ce qui concerne mes collaborations, j'ai particulièrement
adoré travailler avec le Milanais Romeo Sozzi. Cet artiste s'est fait une
spécialité du gainage de meubles en matières textiles généralement utilisées
pour la couture. Ses meubles personnages sortent habillés de flanelle, de
lin, de taffetas, mais aussi des cuirs les plus fins, de galuchat, de parchemin
ou de vison rasé. J'admire son travail qui est une source d'inspiration intarissable
pour le mien.
Comment qualifieriez-vous votre style ?
Je suis un anti-design par excellence. Je rejette totalement l'esprit
design. Cet univers fait de matières froides et tristes me révulsent. Je hais
le plastique. C'est un matériau qui, pour moi, n'a pas d'histoire,
de passé, bref de légitimité. Je préfère le velours. Chineur averti, je suis
également très sensible aux objets anciens. Je pense qu'on a été trop loin
dans les formes. D'ailleurs les grands designers comme Stark revisitent aujourd'hui
les grands classiques. Les designers se seraient-ils enfin aperçus que trop
de design tue le beau ?
Comment expliquez-vous votre penchant pour le gainage et plus particulièrement
celui du velours ?
C'est inné. Je suis quelqu'un de manuel. Il faut savoir que je n'ai jamais
pris de cours et que je sais naturellement gainer le tissu. Je baigne dans
l'univers du baroque où je donne ma propre interprétation d'un boudoir du
XVIIIe siècle. Le velours est donc ma matière fétiche. Cette étoffe s'embellit
avec le temps et c'est un réel plaisir de la faire évoluer en tant que revêtement
de meubles, notamment.
Quels sont vos projets ?
J'adorerais travailler pour les grands couturiers. L'univers de la mode
m'attire énormément, mais c'est un milieu difficile d'accès. En septembre,
j'ai sorti une collection de chaises très coutures, baptisée "Marie-Antoinette".
Ces assises sont recouvertes de broderies, cuirs ou velours. Elles seront
prochainement exposées à Moscou. J'ai également eu une proposition pour concevoir
le décor d'une série télé. Affaire à suivre… Sinon je suis jusqu'en septembre,
à l'exposition Carte
blanche au musée de Jouy-en-Josas. Avec la complicité de Philippe Coudray
pour le recouvrement des sièges, j'ai réalisé de nombreuses heures de travail
de gainage minutieux pour présenter un boudoir composé d'une commode, d'un
fauteuil, d'une chaise et d'une table de chevet. Et ce n'est pas par hasard
que mes choix sont allés du côté d'interprétations de scènes classiques sur
velours par les maisons Verel de Belval et Charles Burger, créant ainsi un
lien de plus entre modernité et tradition. Une association d'imprimés mêlant
chinoiseries et scènes champêtres vient ainsi s'immiscer dans mon style.
Avez-vous des conseils déco pour nos lectrices ?
Je vois énormément d'horreurs chez les gens. Ils dupliquent en masse leur
décor d'intérieur, telles les séries de meubles aujourd'hui vendues par des
grandes enseignes comme Ikea ou Alinéa. Rien n'est généralement unique ou
personnel. Certains ne font même plus la distinction entre le fait main et
la série, du coup, ils s'étonnent des prix pratiqués. Je crois que les gens
ont oublié que pour faire du beau, il faut du temps. Mon conseil : prenez
le temps !
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en images
En savoir plus
Le site de Serge Olivares : www.serge-olivares.com
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