Interview
13/12/2006
Florence Bost : "J'aime créer des textiles évolutifs, qui vivent à côté de nous"
Quel a été votre parcours ? J'ai suivi une formation de design industriel, pendant laquelle je me suis intéressée au textile et aux tissus hybrides en particulier. Une fois mon diplôme en poche, j'ai poursuivi dans cette voie en me formant sur le tas. Pendant des années, j'ai collaboré avec de nombreux professionnels, avant de monter mon atelier et de m'y consacrer à temps plein, depuis trois ans maintenant.
La plupart de vos créations associent textile et nouvelles technologies. Comment vous est venue l'idée de ce mariage inattendu ? Le point de départ a été un séminaire à Strasbourg dirigé par Gaetano Pesce, un grand designer italien. Nous devions concevoir des objets hybriques et j'ai travaillé sur un tissu hybride magique, pour des enfants de 10 à 12 ans. Je suis partie de l'idée qu'un tissu magique était, en fait, un tissu que les parents ne pouvaient pas expliquer. J'ai choisi un dénominateur commun entre tous les enfants, les cinq sens, et j'ai décidé de créer des mélanges supposés impossibles. J'ai ainsi créé des pièces pour "écouter la couleur" ou "respirer la transparence". Au tout début, j'ai mis au point des tissus parfumés, avant d'intégrer de la lumière et du son. Puis, petit à petit, je me suis spécialisée dans les nouvelles technologies car l'aspect miniaturisation et intégration de technologie est chez moi une véritable passion.
Quel est le point de départ de vos créations ? Je suis moins inspirée par les couleurs et les matières textiles que par les technologies que je vais mettre en uvre. Je pars de l'effet que je souhaite produire puis je cherche minutieusement la technologie la plus adaptée pour y arriver. C'est une étape très importante pour ne pas tomber dans le côté gadget. Le choix de la bonne technologie est ce qui donne la validité au produit. C'est aussi ce qui va dicter les choix des motifs ou des matières.
Avez-vous des matériaux ou des couleurs de prédilection ? Je préfère en général les matières simples, reconnaissables et rassurantes, comme le lin, le coton ou la laine bouillie. Mais pour créer des effets optiques et des jeux de lumière, je peux être amenée à travailler avec du nylon ou du polyester. Pour ce qui est des couleurs, c'est vrai, je choisis le plus souvent des tons vifs. J'ai déjà essayé des gammes de couleurs plus douces, plus sobres mais rien à faire, le résultat n'est pas fluide.
Finalement, vous considérez-vous plutôt comme une créatrice ou une technicienne ? Je ne suis pas du tout une technicienne ! Je suis avant tout designer. Bien sûr, une grande partie de mon travail consiste en une veille technologique constante pour connaître les dernières innovations, mais je ne suis pas du tout experte en nouvelles technologies. Pour cela, je collabore avec des spécialistes, de la même manière que je fais appel à un musicien pour la composition des sons que j'intègre dans mes tissus. En revanche, je tiens toujours à réaliser l'assemblage final, à l'atelier.
Votre objectif est-il toujours de faire rêver avec des tissus magiques ? J'ai un peu abandonné la dimension magique au profit de tissus évolutifs. Aujourd'hui, je cherche à créer des textiles qui ont une certaine autonomie, qui vivent et qui changent à côté de nous. C'est le cas du voilage hologramme, qui présente un motif le matin, qui laisse apparaître des diodes à mesure que le soleil se couche pour n'avoir qu'un motif lumineux la nuit tombée. Il évolue seul, sans que nous ayons d'emprise sur lui. C'est un concept sur lequel je travaille beaucoup.
Justement, quel est votre futur grand projet ? En ce moment, je me concentre sur un projet qui me tient à cur depuis le début : je souhaite intégrer complètement un haut-parleur dans du textile. Jusqu'à présent, je me contentais de fixer les haut-parleurs sur le tissu. Cette intégration totale est un véritable pari parce qu'il faut que le tissu garde toute sa souplesse. C'est en bonne voie et j'y arriverai !
Peut-on acheter toutes vos créations ? Toutes mes créations ne sont pas disponibles à la vente. Je crée souvent des pièces uniques, qu'il m'arrive de décliner et de commercialiser ensuite, sous la marque "Sable Chaud". C'est le cas de la gamme "City", qui découle de mes recherches. Ces produits sont commercialisés en exclusivité dans la boutique "Abis La Belette". Cela me permet de garder un contact avec le public, même si je n'aspire pas, dans le futur, à devenir éditrice.
Boutique "Abis La Belette", 24 galerie Vivienne, 75002 Paris
Les créations de Florence Bost en images
Elyane Vignau, Journal des Femmes
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