Pas de réponses toutes faites ni de structures figées ou d'étiquettes chez les Bouroullec. Ces deux Bretons, Ronan et Erwan, âgés respectivement de 36 et 31 ans, sont devenus de véritables icônes de la scène contemporaine du design avec leurs concepts fonctionnels et justes. Questions à ce tandem fraternel.
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Ronan & Erwan Bouroullec
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| "Notre envie est de créer des objets simples, légers et fonctionnels" |
Quel a été votre parcours à chacun et comment a débuté ce duo fraternel ?
Depuis que nous sommes enfants, nous avons toujours dessiné, bricolé et c'est là que résident les sources profondes de notre travail. Nous avons appris le rapport aux proportions, les couleurs, de manière totalement intuitive.
Ronan Etant le plus âgé, j'ai choisi ce métier le premier de fil en aiguille. J'ai étudié à Olivier de Serres, puis à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD). J'ai commencé très tôt à travailler et à exposer.
Erwan Pendant mes études aux Beaux-Arts de Cergy-Pontoise, j'assistais Ronan dans ses projets, jusqu'à réaliser les miens de mon côté. Nous avons décidé de nous associer à partir de 1999 pour ne plus faire qu'un travail à quatre mains.
En seulement quelques années, vous avez été propulsés sur le devant de la scène dans le milieu du design. Comment tout a commencé ?
Nous avons beaucoup travaillé et avons été récompensés par de nombreux prix. Certains nous ont donné notre chance aussi. Ronan avait commencé par faire beaucoup d'expos. Puis deux ans après sa sortie de l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs, il a présenté sa "Cuisine désintégrée" lors du salon du Meuble en 1997, à Paris. C'est à cette occasion que nous avons eu la chance de rencontrer, entre autres, Giulio Cappellini, séduit par notre travail. Cela a marqué un tournant essentiel dans notre carrière.
Impossible d'échapper à la fameuse question des caractéristiques du travail en duo. De quelle manière procédez-vous ?
Nous n'avons pas de répartition précise des tâches. Depuis le début, nous faisons tout ensemble. Nous travaillons de concert sur tous les projets, à des étapes parfois différentes. Mais ces étapes varient d'un projet à l'autre. Nous sommes installés à la même table, nous dessinons l'un en face de l'autre, à l'image d'une table de ping-pong où les idées passent, en effet, de l'un à l'autre. Chacun redessine sur le dessin de son frère. On parle vraiment d'un travail à quatre mains.
Nous imaginons que l'un ne va plus sans l'autre maintenant. Est-ce qu'une telle complémentarité et le fait d'être un duo est une véritable force ?
Notre collaboration est basée sur le dialogue. Nous discutons beaucoup de chacun de nos projets et sommes capables de les remettre en question jusqu'au dernier moment. Et c'est ce dialogue qui crée notre exigence. Nous sommes frères, mais nous n'avons pas exactement les mêmes référents, de part notre différence d'âge entre autres. Nous n'avons pas fait les mêmes choses en même temps, nos vies sociales étaient donc parfois distinctes. Nous nous nourrissons des différences de l'autre et nous progressons ainsi, dans cette parfaite complémentarité.
Comment définissez-vous votre style ?
Il nous est difficile de définir notre propre style. Nous avons le sentiment que c'est plus aux autres de le définir, en vérité. Cependant, il est vrai que d'aucuns décrivent notre travail avec des adjectifs tels que légèreté ou minimalisme. Il est possible que nos projets donnent une impression de légèreté. Cependant, le processus de création est bien plus complexe et chaotique qu'il n'y paraît. Nous travaillons énormément sur chaque projet, à chacune de ses étapes. La démarche n'a rien de léger. Il est vrai que nous retirons beaucoup de choses qui nous semblent superflues pour tenter d'arriver à une certaine justesse, ce qui est le plus important à nos yeux. Mais pour parvenir à un projet qui semble simple et léger, il faut travailler dur.
Quant au minimalisme, ce n'est précisément pas notre objectif. Nous ne considérons pas nos projets sous l'angle du style. Même si nous tentons encore une fois d'atteindre une certaine justesse, une certaine synthèse, c'est plus par rapport à une réflexion sur ce qui nous semble essentiel que dans une optique de style.
Vous jouez beaucoup la carte du modulable et du fonctionnel, voire l'aspect ludique dans vos créations. Est-ce en cela que vous répondez à de nouvelles attentes des consommateurs ?
Si la notion de flexibilité est importante pour nous, elle n'est pas notre unique objectif. Cette recherche va de pair avec certains aspects de l'évolution de notre société mais elle n'est pas à envisager de façon unique. Nos recherches prennent parfois d'autres formes. Par exemple, la collection "Facett" illustre un processus de recherche lié à la fabrication, et ce en poussant ici au maximum les capacités des machines à coudre chez Ligne Roset.
Notre envie est de créer des objets simples, légers et surtout très accessibles et fonctionnels. On essaie de proposer des créations qui induisent une réflexion et qui ont une capacité à s'adapter. On s'efforce d'être plus subtils dans la façon de proposer des solutions et non de nouveaux problèmes. Avant tout, nous recherchons la justesse et l'équilibre.
Vous fixez-vous des exigences particulières pour vos créations ?
Chaque projet apporte sa propre problématique et ses exigences, dont des génériques qui se nourrissent projet après projet. Il est une chose à laquelle nous sommes très attachés, à savoir l'impact visuel des objets : leur qualité et leur capacité à durer dans le temps peuvent aussi avoir une conséquence sur l'environnement. Loin des objets de mode, jetables et polluants, les projets plus qualitatifs semblent destinés à durer plus longtemps. L'économie de moyens et la justesse visuelle des projets sont des objectifs qui nous tiennent à cur et qui, en un sens, ont une dimension écologique. Il ne s'agit pas simplement de concevoir des objets en matériaux recyclables, mais aussi de tenter de concevoir des projets qui ne soient pas absolument superflus, tant dans leur destination que dans leur forme.
Et côté déco justement, suivez-vous les phénomènes de mode, en utilisant formes et matériaux innovants ou essayez-vous de garder un certain recul sans trop vous soucier des tendances du moment ?
Dans notre travail, nous sommes souvent dans une logique de recherche et d'innovation, visant notamment le confort et l'usage. Et même si nous observons les changements dans les comportements et que nous essayons de les intégrer dans nos problématiques, nous ne sommes pas du tout attachés aux phénomènes de mode. Ce qui nous intéresse plus, ce sont les changements profonds, mais pas les symptômes éphémères.
D'où vous vient toute cette inspiration et cette originalité ? Avez-vous des références ?
L'inspiration est une question complexe. Nous ne savons pas en identifier la source directe. Ce qui est certain, c'est que notre environnement, dans sa complexité et sa simplicité nous inspire. Nous observons beaucoup et voyageons aussi dans le cadre de notre travail. Nous sommes dans une sorte de sensibilité permanente. De plus, nous travaillons très au calme dans notre atelier, avec une capacité certaine à s'isoler. Et pour ce qui est de la conception de nos objets, on peut parler d'une réelle famille de créations, dans la mesure où chaque projet s'inscrit dans la lignée du précédent et semble mener au suivant.
Enfin, il nous est difficile de citer des designers de référence car nous n'avons pas le sentiment d'avoir de "modèles" à proprement parler. Cela dit, il va de soi que nous apprécions beaucoup le travail de quelques designers particuliers tels que Jean Prouvé, Andrea Branzi ou encore aujourd'hui Jasper Morrison.
Vous abordiez précédemment les thèmes de l'environnement et de l'écologie. Est-ce une véritable ligne de conduite dans votre travail ?
Nous portons une grande attention aux matériaux que nous utilisons, ainsi qu'aux processus de fabrication et leur impact sur l'environnement, même s'il reste cependant difficile à évaluer, dans la mesure où un objet qui semble beaucoup polluer (qui ne serait pas recyclable ni biodégradable) peut être industrialisé de façon simple, sans impact écologique majeur pendant sa fabrication. A l'inverse, un objet qui semble plus "eco-friendly" (fait en matériaux recyclables) par exemple, peut nécessiter un processus de fabrication très polluant. Donc il est difficile d'évaluer réellement l'impact écologique des objets que nous dessinons. En réalité, ce sont les éditeurs avec lesquels nous travaillons qui nous aident à rationaliser l'impact écologique de nos objets. Certains de nos partenaires, très préoccupés par ces questions, nous invitent à partager leur questionnement et leur charte écologique. C'est le cas de la société Kvadrat, par exemple, avec qui nous avons récemment conçu les "North Tiles". En fait, les designers ont bien sûr la capacité directe de ralentir la dégradation de l'environnement, mais ne peuvent cependant le faire seuls ; ils ont besoin de leurs partenaires éditeurs pour cela.
Vous accompagnez chacune de vos créations de la production à la médiatisation. Est-ce une volonté de vouloir tout gérer de A à Z ?
Nous sommes très intéressés par l'image des objets en général et la photographie. C'est donc pour nous un grand plaisir que de photographier nos meubles et objets. Voilà pourquoi nous travaillons les projets jusqu'à leur phase de communication.
Y a-t-il d'autres secteurs que vous souhaiteriez explorer ? Faites-nous part de vos prochains projets.
Nous prenons toujours un grand plaisir à travailler des projets nouveaux, quel que soit le secteur. Le fait d'œuvrer dans des domaines étrangers nous permet une certaine candeur. Nous espérons que le temps nous permettra de découvrir de nouveaux horizons.
Pour le moment, nous nous consacrons à notre prochaine exposition à la Galerie Kreo, qui se tiendra en janvier 2008 à Paris. C'est une galerie spécialisée dans le design édité en série limitée, un lieu essentiel pour nous, pour mener à bien des recherches qu'on ne pourrait pas faire dans l'industrie.
Leurs créations en images
Quelques récompenses : le "New Designer Awards" au salon international des meubles de New-York en 1999, le Grand Prix du Design de la Ville de Paris en 1998 ou encore, en 2003, le titre des "créateurs de l'année" au Salon du Meuble de Paris. Leurs expositions à succès s'enchaînent dans le monde entier, de Los Angeles à Tokyo en passant par le Design Museum de Londres, etc.
Où trouver leurs créations ? Ronan & Erwan Bouroullec collaborent avec de grandes maisons d'édition telles que Cappellini, Vitra, Magis, Kartell ou Ligne Roset, etc.
En savoir plus www.bouroullec.com