La pollution intérieure

Aujourd'hui, il est beaucoup question de pollution de l’environnement mais plus rarement des pollutions que l’on trouve dans les maisons. Pourtant, les polluants sont partout à l'intérieur même de nos habitations. Certains logements sont même plus polluées que l’air extérieur de nos grandes villes. L'air que nous respirons dans nos maisons est d'une qualité médiocre (le tout nouvel Observatoire de la qualité de l'air intérieur, Oqai, publie ses premiers résultats, portant sur 90 logements, qui indiquent que 80 % des habitations en France ont un air malsain).

Nous passons plus de vingt heures par jour dans une maison, un bureau, un atelier. Même dans les grandes villes, l'air extérieur est moins pollué car, au dehors, l'air se renouvelle naturellement.

Autrefois, les maisons étaient ventilées naturellement. L’air passait par les huisseries. Aujourd'hui, on se calfeutre à l'intérieur avec des systèmes de ventilation soit inexistants, soit mal étudiés, soit tournant en vase clos (climatisation). La faute à qui ? Les composants chimiques contenus dans les matériaux, le mobilier et les objets décoratifs. Car de nombreux produits potentiellement toxiques sont utilisés dans les constructions modernes.

Précisément, d'où viennent ces polluants d'origine chimique très souvent nocifs ?

Ils sont partout : sur les murs, dans la peinture, sur certains sols synthétiques, dans les cloisons, dans les meubles d’intérieur et aussi dans les produits de bricolage, de nettoyage, de décoration… Ils sont dans les matériaux et composants servant à la construction de nos meubles tellement design et si sophistiqués. Nous les avons fait entrer en même temps que nos canapés moelleux, que nos living si pratiques, que notre papier peint si chatoyant... Perfidement, les industriels n'ont mis en avant que l'aspect technique, technologique ou esthétique d'un produit sans en évaluer toutes les conséquences, notamment écologiques et sanitaires. Résultat, notre intérieur grouille de polluants. Nous vivons presque en permanence avec ceux-ci. On peut se poser réellement la question de l'impact de ceux-ci sur la santé humaine…

Des études paraissent, manquant il faut bien l'avouer, de fiabilité, étant réalisées sur de trop petits échantillons et faisant entrer énormément de paramètres. Elles laissent néanmoins apercevoir des relations troublantes entre les maux dont se plaignent les habitants (maux de têtes, rhumes, irritation des muqueuses, allergies, asthmes...) et la présence de la multitude de  pesticides d'intérieur, les solvants, les COV (ndlr, composés organiques volatils).

En effet, on constate une augmentation générale d'affections de types allergènes ; celles-ci progressent dans le même sens que le nombre de produits chimiques dans nos maisons. Inoffensifs à petites doses et unitairement, les effets des polluants sur la santé, de tous, ensemble et sur une longue période, posent largement problème… Ces polluants dégagent leurs composants dans l'air, agissent en synergie avec la poussière, provoquant vraisemblablement des symptômes variables en nature et en intensité.

Dans la réalité,  tous les produits chimiques ont des effets secondaires possibles sur l'organisme. Ces alertes sur la santé humaine (et celles sur l'environnement en général) remettent en cause le bien-fondé de certains choix dictés seulement sur la praticité, la nouveauté et le confort.

Que faire ?

Avouons-le, nous avons tous caressé un jour le rêve de faire construire notre maison en bois en pleine nature. Seulement, la réalité et même nos aspirations de vie ne nous le permettent pas toujours. En fait, assainir l’intérieur de nos habitats est possible sans entreprendre une rénovation complète de son logement. C’est possible de façon naturelle et sans forcément renoncer à l'esthétique de son habitation. Même en appartement et même en étant locataire, améliorer la qualité de son environnement est une nécessité, une prise de conscience bienfaisante.

Nos armoires et placards (contenus et contenants) regorgent de ces produits en quantité infinitésimales chacun, mais présents par centaine ! Au regard de nos maux en tout genre, il est de bon sens de limiter les intrusions de ces merveilles de la chimie. Ces petits efforts chez nous nous permettent dans le même élan de limiter un peu plus encore la pollution de l'environnement extérieur.

Les solutions sont évidentes et tiennent en deux points :

  • faire sortir l'air nocif en aérant convenablement son intérieur ! 10 minutes matin et soir sont conseillées.
  • éviter de les faire entrer ! Ce deuxième point nécessite plus d'attention et de technicité sur ces produits.

Notez une troisième solution à moyen terme : il ne tient qu'à nous, consommateurs, de faire pencher la balance vers la création de produits à forte valeur ajoutée environnementale et sociétale. Pour une consommation et une utilisation responsable et écologique, nous devons avoir en tête le cycle complet de vie du produit, de sa création au recyclage final. Nous devons nous poser constamment les questions à propos de chaque produit :

  • Quelle est sa provenance ? Il est important de choisir des matériaux produits près de chez soi, pour limiter les transports (et l'emballage) et tenir en compte l'aspect social.
  • Comment a-t-il été fabriqué ? A-t-il généré  beaucoup d'énergie ou (peu) de la pollution lors de son cycle de fabrication ?
  • Le produit est-il issu de composants naturels, renouvelables ou renouvelés ?
  • Produira-t-il des déchets toxiques durant son cycle de vie (émanations à la pose et lors de son utilisation) ?
  • Quelle est sa durabilité ? Ce produit va-t-il me faire plaisir longtemps ?
  • Est-il recyclable ? Une filière est-elle prévue ? Pourrai-je le recycler ?

Certes la pollution zéro n'existe pas. L'homme, de par sa présence sur terre, pollue intrinsèquement. Nos comportements quotidiens sont responsables de 50 % des émissions de gaz à effet de serre à l'origine du changement climatique de la planète. Sans compter les dégâts des produits pétrochimiques sur la qualité de l'eau, des sols… Nous produisons, bien souvent malgré nous, de plus en plus de déchets ménagers. Nos maisons sont des concentrés de produits chimiques, notre corps nous le rappelle parfois et pour certaines personnes, douloureusement. Autant de signes qui montrent qu'il est temps d'agir au niveau individuel et quotidien.

Il est important aussi de tenir compte de l'éthique d’un produit tout au long de sa chaîne de production (socialement et financièrement parlant…) car les produits proviennent maintenant du monde entier.

Si nous avons le choix, consommons écologique et équitable.