L'interview brocante d’Églantine Emeyé

Les habitués des brocantes l'ont peut-être croisée un jour, au détour d'un stand. Passionnée de meubles et objets chinés - par culture familiale comme par souci d'un mode de vie plus durable -, la journaliste et chroniqueuse Eglantine Emeyé vient de sortir un livre dans lequel elle détaille histoire, anecdotes, conseils de pro et entretien de nombreux objets trouvés en brocante. Entretien avec une chineuse invétérée.

© Christian Sarramon
Eglantine Eméyé © Christian Sarramon

Journal Des Femmes : Depuis quand chinez-vous ?
Églantine Emeyé : Depuis assez jeune, dès l'adolescence avec ma mère qui aime beaucoup ça et nous emmenait souvent dans les brocantes. C'était un peu la promenade familiale du week-end. Ma mère a toujours rapporté des tas d'objets pour ses petites collections. J'ai donc suivi le mouvement. Je me suis mise à chiner de façon plus intense lorsque j'ai décidé de ne plus acheter de mobilier neuf : le neuf n'est ni écologique, ni économique. Je n'aime pas le meuble neuf que l'on ose à peine utiliser et toucher de peur d'y faire la moindre trace... J'aime que l'on se sente bien avec les objets et les meubles et préfère donc ceux qui ont déjà vécu.

Où aimez-vous chiner en particulier ? Des adresses favorites ?
Mes coups de coeur vont plutôt vers la Grande Rèderie d'Amiens ou la brocante de Barjac. J'apprécie aussi la Foire de Chatou et les Quinconces de Bordeaux.

Vous arrive-t-il de récupérer dans la rue ?
J'ai un jour récupéré des chaises : six chaises en bois, en parfait état et qui demandaient juste à être un peu nettoyées, poncées et repeintes.

Et allez-vous chez Emmaüs ?
Oui, très souvent. Chez Emmaüs, on peut effectivement trouver des meubles intéressants et pas trop chers. Mais ce que j'aime aussi dans la brocante, c'est l'échange avec le brocanteur, qu'il me raconte l'histoire de l'objet, comment l'entretenir. Chose que l'on ne retrouve pas chez Emmaüs. Avoir un vrai professionnel face à soi est un plus.

"Faire les brocantes, c'est y retourner régulièrement. On peut parfois passer des mois, voire des années, pour trouver l'objet dont on a envie. Il faut savoir prendre son temps..."

Que pensez-vous des brocantes en ligne et de chiner depuis son canapé ?
Le bon coin, par exemple, c'est un peu comme Emmaüs ou un vide-grenier : vous n'avez pas affaire à des professionnels, les gens revendent juste les objets dont ils veulent se débarrasser. Je préfère la plateforme Brocante Lab car ce sont de vrais pros avec qui vous pouvez échanger. Personnellement, je n'ai jamais acheté sur Internet parce que j'ai besoin de voir l'objet et de le toucher avant de l'acheter. L'autre problème, à mon sens, c’est que sur Brocante Lab, on va vous proposer un objet certes vintage mais entièrement remis à neuf. Et cela ne me correspond pas tellement car je préfère les objets qui ont du vécu. Même si on fait de très bonnes affaires sur le Web !

Un meuble que vous avez relooké et dont vous êtes fière ?
Je cherchais un modèle de table basse assez grande et avec des tiroirs pour y ranger les télécommandes. Un jour, j'ai déniché une table de ferme en bois que j'ai alors détournée en table basse idéale en lui sciant les pieds.

Banquette de train chinée par Eglantine © Eglantine Emeyé

Quelle est votre meilleure affaire chinée en brocante ?
A la braderie de Lille, j'ai chinée ce qui était sans doute une banquette de train Corail. Le brocanteur ne savait pas quoi en faire. C'était en fin de journée et il était un peu embêté de devoir rapporter ça dans son camion. Je l'ai donc eu à un prix dérisoire et c'est devenu mon fauteuil de table à manger.

Dans votre livre La brocante d'Eglantine, vous évoquez les objets que votre mère "entassait sur les étagères de la maison, tels des trophées ". Est-ce aussi le cas chez vous aujourd'hui ?
Pas du tout ! A l'inverse de ma mère, je chine des objets pour m'en servir. Je ne suis pas tellement pro bibelots. Pourtant, je vis avec quelqu'un qui, au contraire, les adore donc il y a aussi chez nous des objets simplement posés. Il faut faire des concessions ! Par exemple, je n'achète que de la vaisselle ancienne et quand quelque chose se casse, il faut bien le remplacer : tout est donc dépareillé. Et si j'achète de l'argenterie, ce n'est pas pour les grandes occasions mais pour tous les jours.

Chez vous, comment est-ce meublé ? Seulement avec du mobilier chiné ?
Il n'y a que ça ! Sauf une partie des meubles de cuisine et l'électroménager bien sûr.

Légende par défaut © Christian Sarramon

Etes-vous collectionneuse d'un objet ou d'un accessoire en particulier ?
Pas du tout !  Comme je n'aime pas l'objet pour l'objet, je ne suis absolument pas collectionneuse.

Les trois mots-clés du bon chineur ?
Convivialité. Organisation : quand on cherche quelque chose, une porte ou un cadre par exemple, bien noter les dimensions nécessaires avant de partir chiner. C'est important pour éviter les déconvenues. Etre bien équipé est aussi important, avec un chariot de courses, un mètre et du papier journal. Et enfin, curiosité.

Quel est l'objet le plus incongru que vous avez découvert en chinant ?
Il y en a souvent du côté des outils, tous ces objets issus de l'art populaire que les gens fabriquaient eux-mêmes. Il y a toujours des choses assez drôles. Je suis tombée une fois sur un objet mais je ne voyais absolument pas de quoi il s'agissait ; c'était une tige métallique, avec une petite cloche et un ressort... La brocanteuse m'a expliqué que cela servait à nos grand-mères lorsqu'elles faisaient bouillir du lait. La tige était plongée dans la casserole de lait, on pouvait s'occuper à autre chose et lorsque le lait montait, le ressort montait également et faisait sonner la cloche.

Pour un chineur débutant, comment éviter de se faire avoir ?
S'il débute, il se fera forcément avoir ! Il cédera immédiatement à son coup de cœur sans marchander. Mais il faut savoir que les brocanteurs aiment marchander. C'est tout le plaisir de la discussion et ce qui fait le charme de leur métier ! Pour eux, devenir juste des marchands traditionnels n'est pas intéressant. Mon conseil est de ne pas acheter sur un coup de tête. A moins que ce ne soit exactement ce que l'on cherche depuis longtemps. Ça vaut le coup d'en discuter, de témoigner son intérêt au brocanteur, de faire le tour des stands, de comparer, si on trouve le même objet un peu plus loin et, éventuellement, de revenir plus tard pour acheter. Avec le risque de le perdre, bien sûr ! Chiner, faire les brocantes, c'est y retourner régulièrement. On peut parfois passer des mois, voire des années, pour trouver l'objet dont on a envie. Il faut prendre son temps...

Légende par défaut © Christian Sarramon

Faut-il vraiment se lever aux aurores pour bien chiner ?
J'ai clairement compris qu'à l'aube, il n'y avait que les vrais pros qui y allaient et, en tant que chineuse amatrice, ce n'est pas facile de faire le poids ! Je conseille donc plutôt la fin de journée, quand les brocanteurs n'ont pas vendu ce dont ils voulaient se débarrasser, quand ils sont fatigués et plus enclins à céder. Pour les gros meubles en tous cas, c'est le meilleur moment !

En termes de mobilier, on voit beaucoup, depuis quelques temps, des pièces de styles indus' et en rotin. Vous en parlez d'ailleurs dans votre livre. Quels sont les prochains best of à chiner ?
Un peu les meubles provençaux, peut-être... Mais pour l'instant, c'est encore beaucoup le mobilier vintage que l'on chine.

  • La brocante d’Églantine d’Églantine Emeyé, aux Editions Flammarion
  • Prix : 24,90 euros

 

La brocante d'Eglantine d'Eglantine Emeyé © Flammarion