Collection Bensimon pour Ressource : de la mode à la peinture

Une palette aux tons dynamiques, deux teintes fluo inédites, des neutres exclusifs... De la tennis mythique à la peinture, il n'y a qu'un pas que Serge Bensimon a franchi en lançant une gamme de peinture avec Ressource. Entretien avec le créateur et Patrice de Ramel, directeur artistique de Ressource, deux passionnés de couleurs.

Comment est née cette collaboration entre la marque de peinture Ressource et le créateur de mode Serge Bensimon ?
Patrice de Ramel (directeur artistique de Ressource) : Il était une fois Nathalie Vandeveld, directrice commerciale du réseau, avec qui je me retrouve un jour au magasin de Lyon dans lequel nous devions faire des travaux. A l'heure du déjeuner, elle avait besoin d'acheter une paire de tennis pour sa fille et nous sommes allés dans la boutique Bensimon qui était juste à côté de la nôtre. Nous rentrons dans cette magnifique boutique Home autour du monde, avec du mobilier et les fameuses tennis. Il y avait une superbe peinture au mur ! Je demande donc à la responsable de la boutique d'où venait cette peinture et elle me répond : "Monsieur, c'est du Ressource." Pourtant, je ne reconnaissais pas la teinte... C'était tout simplement parce que Serge Bensimon avait directement demandé à notre coloriste une teinte particulière. De là, nous nous sommes rencontrés et il a fallu un an pour que ce projet de collection voit le jour. Cette collection était une évidence pour lui car il est l'homme de la transversalité. Ce n'est pas un monsieur qui vend des baskets ou des tennis mais qui vend de la vie, des choses qui s'inscrivent dans la vie. La peinture, il en avait envie et nous, nous avions envie de le faire avec le coloriste qu'il est.

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Collection de peinture Serge Bensimon pour Ressource © Charles Levy pour Ressource_Collection Serge Bensimon

Serge Bensimon (créateur de mode) : Tout commence par le mot "rencontre", avec Patrice de Ramel. Quand il est passé dans notre boutique de Lyon, il ignorait que la peinture aux murs venait de Ressource. Cela lui a beaucoup plu de voir quelque chose de différent ! Pour situer cette rencontre par rapport à l'histoire de Bensimon, il faut savoir que, dès le début, je me suis refusé à faire du noir, sachant que le noir, dans la mode, est la couleur qui se vend. Ce parti pris a apporté à la marque une vraie reconnaissance par rapport à la couleur et une identité forte. Derrière la tennis mythique, il y a les collections de textiles et d'accessoires, la Gallery, la librairie d'art... Tout ça a permis de faire de la marque Bensimon un vrai style de vie, ce que l'on appelle le lifestyle. Et il n'y a pas de marque lifestyle comme ça en France, à part Bensimon. Je ne fais jamais rien sans rien : il faut qu'il y ait une ligne de conduite, une ligne directive que je suis. Nous avions décidé, avec le bureau création de styles, de lancer une collection de textiles mode très colorée, avec des inspirations d'Amérique du Sud. Du coup, quand Ressource a été prêt à travailler avec moi, je leur ai proposé ces couleurs d'Amérique du Sud. Il y a donc une vraie cohérence dans cette collaboration. Et, grand voyageur que je suis, je suis allé directement là-bas, en Amérique du Sud, m'inspirer des couleurs des maisons, des architectures, des plantes... Tout est source d'inspiration et ce travail de fond a fait que nous en sommes là aujourd'hui.

Ces couleurs fortes permettent de continuer le voyage en hiver et donnent la pêche

Patrice de Ramel, en quoi cette collection se distingue du reste de la gamme Ressource ?
P. de R. : En tant que directeur artistique, je ne pouvais pas introduire des ovnis dans la collection Ressource. C'est pour ça que nous avons travaillé avec Serge, et pas forcément avec quelqu'un d'autre. D'abord parce que Serge utilise nos couleurs depuis dix ans : il a fait des scénographies avec nos teintes, modifiées ou pas, dans tous ses magasins. Il connaît notre peinture et sa qualité. Il connaît le côté mat/poudré ou mat/soyeux des choses. Derrière ça, il m'a paru évident de demander au coloriste brillantissime qu'il est de nous apporter un coup de jeunesse et de la force. Mais je savais qu'il n'y aurait pas de vulgarité, je n'étais donc pas inquiet. Nous sortions des années 1960-1970 dans nos collections, ce qui préparait à cette rencontre. D'un autre côté, nous avons aussi fait des neutres associés et exclusifs. Ressource, ce n'est pas être dans la tendance. La tendance, ce sont nos clients. Nous ne voulons pas que les gens mettent une teinte chez eux parce que c'est tendance mais d'abord et avant tout parce que ça leur plaît ! Parce que la couleur n'est pas quelque chose de neutre. Elle s'analyse en terme de fréquence vibratoire. Dans cette collection, il y a des teintes fortes mais jamais vulgaires. Mais nous ne voulions pas laisser les gens seuls face à ces teintes plutôt fortes, il fallait les accompagner. C'est une gamme anti-morosité, vitale. Et il semblerait que l'on en ait un peu besoin... Des teintes comme Pimiento et Mexico sont les deux versants de l'orange, l'une avec plus de jaune et l'autre avec plus de rouge.

Comment utiliser les différentes teintes de cette collection Bensimon pour Ressource ?
S. B. : Lancer une gamme de couleurs très fortes en plein hiver, dans une période un peu difficile, c'était le moyen de dire "vous revenez de vacances, de voyage, vous avez gardé en mémoire ce que vous avez vu et, d'un seul coup, vous retrouvez à la maison de quoi égayer un mur, deux murs, une porte avec des couleurs qui donnent envie". Pour continuer le voyage en hiver, pour se donner la pêche. Et ça, c'est tellement important pour moi !

La collection comprend deux teintes fluo. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces couleurs osées ?
S. B. : Aujourd'hui, dans la mode, le fluo est incontournable. En touches. J'ai expliqué à Patrice qu'il fallait que l'on arrive à faire du fluo car c'est ce qui apporterait quelque chose de complètement nouveau. Bien sûr que les couleurs sont très différentes de la gamme de Ressource : elles apportent une autre façon de présenter les choses, différente de ce que Ressource avait l'habitude de faire. Et il n'y a pas de fluo en peinture aujourd'hui en France. Avec le fluo, dans cette collaboration entre une marque de mode et une marque de peinture, nous voulions que ce soit une vraie réussite. Et cette réussite j'avais envie qu'elle arrive par la jeune génération qui commence à s'installer, à découvrir en peignant quelques touches de fluo dans sa chambre, dans son espace de vie. L'idée est de montrer que cette jeune génération pouvait aussi aller acheter son petit pot de peinture pour dessiner une bande fluo.

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Le show-room Bensimon repeint avec la collection Serge Bensimon pour Ressource © Charles Levy pour Ressource_Collection Serge Bensimon

P. de R. : Pour les couleurs fluo, il n'était pas question de décevoir Serge. Donc je lui ai dit très clairement : "si on arrive, on le fait, si ce n'est pas parfait, on ne le fait pas !" Il fallait faire de la peinture moderne pour poser sur divers supports. Serge a validé les deux teintes que nous avons produites en deux volumes, 1 litre et 0,5 litre, pré-teintées, à disposition et non toxiques. Ce ne sont pas des couleurs qui se prêtent pour de grandes surfaces. Par contre, elles vont servir à magnifier des lieux et à créer une signalétique, des bandes, des lettrages pour raconter un message et attirer l'attention ; c'est une enluminure pour la maison.

Patrice de Ramel, en peinture, est-ce que vous distinguez des teintes "tendance", qui reviennent ?
P. de R. : Ma réponse ne conviendra peut-être pas mais je pense que ce système de tendances, repris par les supermarchés, vulgarisé dans tous les salons de coiffure, barbouillé partout, a par exemple tué le jaune, couleur solaire très agréable à vivre dans un séjour. Beaucoup plus vivable que le rouge, notamment ! Ces tendances ont aussi tué les blancs cassés. On met maintenant du gris partout, des gris totalement inintelligents. Et cela tue le neutre, fondamental et mariable avec tout ! On va nous faire des "murs de prison" partout... Il ne faut pas être raciste avec la couleur mais envers le mauvais goût et le faux !

Serge Bensimon, envisagez-vous une collection printemps-été ?
S. B. : Non, nous garderons la collection telle quelle pour cet été car elle comprend aussi des pastels, repensés et modernisés, pouvant correspondre à la saison estivale. Cette collection n'est pas quelque chose d'éphémère mais une véritable histoire.

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